Bunker s’inspire du phénomène récent des « biens immobiliers apocalyptiques », ultime lubie des ultra-riches pour échapper au monde et au sort commun. Les constructions se multiplient en Nouvelle Zélande, en Patagonie, en Alaska, en Scandinavie ou dans le Kamchatka. Les grands de ce monde s’y aménagent des espaces souterrains dans lesquels ils projettent de s’installer dans le cas d’un basculement climatique majeur.
Dans un futur proche et une France à + 5°C, Paul, le PDG d’une des principales compagnies pétrolières du pays, s’est réfugié depuis plusieurs années avec Ami, sa fille, dans un bunker de luxe qu’il s’est fait construire. Depuis son antre, cet homme augmenté d’implants neuronaux continue de gérer à distance ses affaires. Tout irait pour le mieux pour lui si Ami ne s’était pas enfermée dans un profond mutisme.
« Cette pièce vient du désir de recentrer mon travail autour de la question du langage. D’en explorer les limites, d’aller là où la parole débloque, où la communication est mise en échec, où les mots ne parviennent plus à opérer leur fonction de nous orienter dans l’existence, de lui donner un sens. Que devient le langage à l’heure de l’ultra-communication, quand il n’y a plus de filtre entre les affects et le dire, et quand la logorrhée folle d’un dirigeant se heurte au bloc de silence qu’est devenue sa fille ? Quand le langage déraille parce que l’équilibre psychique est rompu, qu’est-ce que cela donne ? » Marion Siéfert

